07/10/2009

racisme au moyen-âge

(p.28) Au IXe siècle, les Juifs, assurés de l'appui des autorités musulmanes, se transforment de persécutés en persécuteurs : ils obtiennent que les chrétiens d'Espagne soient placés devant l'alternative du choix entre la mort et la conver­sion au judaïsme ou à l'Islam (40).

Dans les autres Etats chrétiens de l'Europe du haut moyen âge, l'Eglise catholique cherche à enrayer l'extension du judaïsme : elle se pré­occupe surtout des Juifs titulaires de fonctions publiques qui pourraient exercer des pressions pour obtenir la conversion de chrétiens à la religion juive. C'est pourquoi le 5e concile de Paris (614 ou 615) impose le baptême aux Juifs qui occupent des fonctions publiques ainsi qu'aux membres de leurs familles. De nombreuses lois sont également édictées pour empêcher les Juifs d'amener au judaïsme les esclaves et les serviteurs se trouvant sous leur domination.

(p.29) (…) en dehors de l’Espagne, la cohabitation demeure étroite, durant le haut moyen âge, entre juifs et chrétiens.

Tout change au début du XIe siècle. Des rumeurs concernant la responsabilité des juifs (p.33) dans la destruction de l'Eglise du Saint-Sépulcre à Jérusalem par les Musulmans en 1009 circu­lent en Occident. La persécution éclate en Fran­ce où les autorités civiles et religieuses décident d'expulser les Juifs de leurs cités. A Rouen, Or­léans et Limoges, la foule déchaînée se charge elle-même de faire justice! «Voués à la haine universelle, ils furent donc les uns expulsés, les autres passés au fil de l'épée ou bien noyés dans les fleuves ou tués d'autres manières en­core, sans parler de ceux qui se donnèrent eux-mêmes la mort. Les évêques interdirent aux chrétiens d'entretenir aucun rapport avec eux, sauf s'ils acceptaient le baptême et promettaient de répudier toutes les mœurs et coutumes jui­ves : en effet, beaucoup se convertirent, nous dit Raoul Glaber, mais bien plus par peur de la mort que par l'attrait de la vie éternelle. Car, souvent ils acceptèrent le baptême pour la forme uniquement et retournèrent assez vite, une fois la tourmente passée, à leur ancienne foi (42). » Cette persécution devait connaître d'atroces prolongements en Rhénanie, principa­lement à Mayence.

Dès le milieu du XIe siècle, le concile de Coyaza (1050), dans le diocèse d'Oviedo, inter­dit aux chrétiens d'Espagne d'habiter les mêmes maisons que les Juifs. Cette ségrégation imposée dans les lieux d’habitation est une lointaine préfiguration du ghetto.

(p.34) Les Croisades amenèrent la déterioration progressive de la condition des Juifs. Durant l’été 1096, on massacre des Juifs dans toute l’Europe . Pour eux, le choix est clair : la baptême ou la mort ! Et beaucoup préfèrent la mort ! (…)

Au XIIIe siècle, le Concile de Latran (1215) impose aux Juifs une discrimination vestimentaire par le pot d’un signe distinctif. En France, en Italie et en Espagne, tout Juif est contraint sous peine de fortes amendes ou de châtiments corporels de coudre sur son vêtement la rouelle (marque de forme circulaire et généralement de (p.35) couleur jaune). En Allemagne et en Pologne, tout Juif est contraint de porter un couvre-chef spécial, le chapeau pointu. Dans toute l'Europe, la condition des Juifs devient semblable à celle des serfs. « Les meubles mêmes du Juif sont au baron », dit un adage de l'époque. En 1235, un comte de Bourgogne sur le point de mourir n'hésite pas à distribuer à ses sujets les biens de ses Juifs (45).

La papauté s'efforce de faire respecter la vie et les biens des Juifs. Dans sa bulle du 17 janvier 1208, le pape Innocent III déclare : « Dieu a fait Caïn un errant et un fugitif sur terre, mais l'a marqué, faisant trembler sa tête, afin qu'il ne soit pas tué. Ainsi les Juifs, contre lesquels crie le sang de Jésus-Christ, bien qu'ils ne doivent pas être tués, afin que le peuple chrétien n'oublie pas la loi divine, doivent rester des errants sur terre, jusqu'à ce que leur face soit couverte de honte, et qu'ils cherchent le nom de Jésus-Christ, le Seigneur... (46). »

 

 (45)  Cfr  B. BLUMENKRANZ,  op.  cit.,  p.  387.

 (46) MIGNE,   P.L,  215,   1291,     190.  (Traduction  de   L.   POLIAKOV,  op.  cit., t.   I,   p. 262)  -  Cfr aussi   le  préambule qui   précède la  bulle  de  protection Sicut Judeis  du   pape   Innocent   III :   « Bien que l'infidélité  des  Juifs  soit   infiniment  condamnable,   néanmoins, ils   ne   doivent  pas   être   trop   persécutés   par   les   fidèles.   Car   le
psalmiste  a  dit :  Ne  les  tue  pas  de  peur que  mon  peuple  ne l'oublie ;  autrement  dit,   il   ne  faut  pas  détruire   complètement   les Juifs, pour que les Chrétiens ne risquent pas d'oublier la Loi, que (ces Juifs)   inintelligents   portent   dans   leurs   livres   intelligents... »
Texte cité par L. POLIAKOV, Histoire de l'antisémitisme,  t.  Il,  De Mahomet aux Marranes (Paris, 1966), p. 306.

 

14:44 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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